mardi 4 septembre 2012

Ceci n'est pas une crise de l'immobilier mais du partage

Par Seb Musset

Encore un drame du logement. Davantage de SDF, d’étudiants exploités, de studettes insalubres ou d'arnaques liés aux abus des bailleurs et parasites du secteur ? Non. A lire la presse spécialisée, le problème est ailleurs. 


"L’immobilier neuf s’enfonce dans la crise". Ouille. Le nombre de mises en chantier baisse de 12% au trimestre dernier par rapport à 2011 et les ventes de logements neufs ont chuté de 13,9% au deuxième trimestre 2012. Les promoteurs crisent.

La fédération des promoteurs immobiliers (FPI) annonce qu'elle va bientôt proposer au gouvernement des pistes "pour faire baisser les prix du foncier et des coûts de construction". Comme quoi c'est tout bête: il suffisait d'attendre que les promoteurs ne vendent plus pour qu'ils songent à combattre la hausse continue des prix de l'immobilier depuis 15 ans (hausse 4X plus rapide que les revenus disponibles des français sur la même période)

Les "investisseurs privés(comprendre petits investisseurs souhaitant une culbute à 30% en 3 ans avec déductions d'impôts anticipées, en se gavant de loyers à un SMIC entre temps) n’investissent plus. Terrorisés par le "blocage des loyers" et la fin du Scellier, ils redoutent les prochaines surprises fiscales. Le multiproprio qui a déjà trois appartements n’en achète pas un quatrième: voilà le drame du  promoteur. Pas mieux pour les agents immobiliers: le multiproprio ne veut pas non plus "brader" son bien.

"Les particuliers qui vendent ne veulent pas, sauf exception, baisser leurs prix" déclare, inquiet sur les licenciements à venir dans le secteur, le DG du groupe Guy Hocquet dans Les Echos

Pour les autres, jeunes, revenus moyens ou faibles, les choses sont plus simples: soit ils ont fait une croix sur l'achat, soit ils ont déjà acheté et remboursent encore pour un moment en croisant les doigts pour que la valeur du machin ne s’effondre pas. Tout cet argent cramé (22.3% des revenus disponibles des ménages en 2010) dans un crédit ou des loyers est autant de pouvoir d'achat en moins, des centaines de milliards manquant à l'économie française (430 Milliards en 2010, chiffres CGDD). En large partie liée à la spéculation, la flambée des prix de l'immobilier est un frein de la sacro-sainte croissance. Regagner du pouvoir d'achat, ce n'est pas seulement augmenter les salaires (ce qui touche les travailleurs), mais d'abord baisser le coût du logement (ce qui touche tous les français).

(En kiosque cette semaine. Note dans les deux cas l'éradication du critère humain. C'est "l'immobilier" qui est "face à la crise" dans L'obs, tandis que chez Capital ce sont les "biens" qui "vont craquer")

Ceux qui devaient acquérir ayant déjà acquis, et les multiproprios n’étant pas pressés de baisser leurs prix de vente, nous sommes dans une situation de blocage, avec des logements vides et de plus en plus gens mal ou pas logés autour (spécialement dans les zones où se concentrent l'activité).

Tu me diras: "- N'est-il pas aberrant de vouloir encore construire alors que la demande n'est plus solvable et que la partie haute des revenus empile les biens immobiliers, l'espace vide et l'épargne?  Ne serait-ce pas l'occasion 1 / d'enfin capter ce pognon en suspension et l’injecter là où il faut, c’est-à-dire dans la construction de logements ou la réhabilitation de logements inoccupés ?  2 / De capter ces locaux, maisons, appartements, bureaux vides, bref de forcer les propriétaires à les louer ?".  Tu auras raison (toujours flatter son lecteur). 

1 / Capter le pognon.
La hausse du plafond du livret A est là pour ça, en partie. Mais, Il faut que cette mesure s’accorde avec des acquisitions de terrain pour bâtir des logements à loyers modérés (un projet de loi sur la cession de terrains de l'Etat à cette fin, et l'augmentation des pénalités pour les communes récalcitrantes, sera présenté au conseil des ministres mercredi prochain). Notons que si les dizaines de milliards de déductions fiscales, ayant jusqu'à présent bénéficié aux promoteurs pour construire, n'importe comment et n'importe où, des appartements aujourd'hui inoccupés avaient été utilisés avec le souci du long terme et de la collectivité (intégrées dans de vrais projets d'urbanisme liés à des bassins d'activité, avec des transports publics disponibles), le problème de logements de centaines de milliers de Français serait probablement réglé et les "petits investisseurs privés" y auraient aussi trouvé leur compte. Mais le mal est fait. Chacun a pensé à soi, et incité par l'ami banquier, les sirènes télévisées, chacun a voulu "accomplir son projet immobilier" et "faire du blé" tandis que les dispositifs fiscaux d’aide à l’investissement privé étaient globalement dépourvus de réelle contrepartie sociale.

2 / Capter les biens déjà construits et lutter, arithmétiquement, contre le sous-peuplement.
Cela implique d’effectuer un véritable audit, un recensement immobilier national afin de connaitre une bonne fois pour toutes qui possède quoi, mais surtout dans quel état et si c'est occupé ou pas. Une donnée pour le moment mal cernée, quand bien même les experts justifient chaque hausse des prix par "la pénurie".

Ces données connues elles permettraient d'agir avec, au choix ou en cumulé:

- La mise en place d’une fiscalité croissante et réellement dissuasive sur les logements inoccupés (et sous occupés) sur 5 ou 10 ans avec à terme, si rien n’est fait, réquisition et gestion par les bailleurs sociaux. Cécile Duflot a annoncé récemment dans Le Nouvel observateur ses intentions dans ce sens.  

- La mise en place, à l'inverse, d’aides pour les propriétaires les plus fragiles à la rénovation des biens conditionnés à leur remise à disposition à la location à des tarifs sociaux

Promoteurs et dealers de crédit[1] ne feront pas la promotion auprès du Ministère du Logement de ce type de solutions chamboulant un paradigme pourtant à l'agonie (basé sur le crédit bancaire, la cupidité individuelle, une dose de peur[1] et un climat média vantant "l'accès à la propriété" comme condition minimale requise pour la félicité, et "gagner de l'argent avec l'investissement immobilier" comme seul ascenseur social efficace), un paradigme où "la pénurie" explique toujours tout et "la construction" aurait raison du reste. 

[1] CAFPI - courtier en emprunts immo - y va de sa critique sur la hausse du plafond du livret A, c'est mignon tout plein

[2] En 2007, pour les "experts" la peur de la conjoncture expliquait la fièvre immobilière. Ils usent du même argument pour expliquer la baisse des transactions en 2012.

Illus: Vertigo, A.Hitchcock (1958)

jeudi 30 août 2012

L'Express, faut-il l'acheter ?

Par Seb Musset

Dans cet océan d'incertitude immobilière, l'engagement rédactionnel de journalistes de terrain rassure.

Ainsi le dernier numéro de L'Express m'affirme que "ça bouge..." (sous entendu "sans moi"). Dépêchons-nous d'acheter. D'ailleurs ceci me rappelle que 6 mois avant...


...il fallait "profiter de la baisse". Déjà que j'avais raté le coche 6 mois plus tôt...


Pourtant Christophe m'avait prévenu. Pas plus tôt que trois mois avant...


Lent à la détente que j'étais. Faut dire, que Christophe avait osé la légende interrogative l'an passé et  ça me collait grave le doute...


Evidemment que oui, il fallait acheter. Quelle question ! D'ailleurs, si j'avais été un peu plus attentif à la Une de l'année d'avant...


Mais c'est tout moi ça: Je ne sais pas saisir les opportunités, même lorsqu'on me l'ordonne...


...Même quand on me change la couleur...


Au fond, j'en suis toujours au même point qu'il y a cinq ans, ou deux, ou comme dans six mois.


- "Et qu'est-ce qui est le plus difficile dans ce métier?"

CHRISTOPHE BARBIER, rédacteur en chef de L'Express depuis août 2006
- "Lutter contre la routine, une forme de paresse intellectuelle qui fait qu'on a tendance à ne pas se remettre en cause." (source)

mardi 24 juillet 2012

SOS Proprios en détresse

Damnation, l'odieux projet se concrétise. La loi sur l’encadrement des loyers de la ministre du logement Cécile Duflot est publiée au journal officiel, applicable dès le 1er aout dans 38 villes à forte tension locative.

Les propriétaires ne pourront désormais plus augmenter n'importe comment leur(s) bien(s) entre deux locataires et devront respecter l'IRL (indice référence des loyers). Un numéro vert d'information a été mis en place pour propriétaires et locataires.

Morceaux choisis, au coeur du SAV, en exclusivité pour le blog de Seb Musset.

Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.

- Ah mais kessessé ce bordel ? Y a l’autre gaucho-ecolo-bobo qui veut m’empêcher de faire du blé ! Qu'elle s'occupe du colza transgénique et d'ses robes à fleurs et qu'elle m'fasse pas chier OK ? La propriété c’est une affaire d’homme. Faut mettre un type à poigne là-dedans. Euh… un George Tron ou un David Douillet !

Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.

- C’est quoi ce scandale ! Je ne vais faire que du +3% à l’année. La gauche veut m’étrangler c’est ça ? Des appartements que j’ai payés à la sueur de mon héritage !

Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.


- Voulez que je vous fasse la liste des frais pour la studette que j'ai mis en loc' ? 14,20 euros de peinture chez BatiGro et le paravent escamotable pour séparer les chiottes de la chambre et la chambre de la cuisine, 16.50 euros à la Foir'fouille ! Vous croyez que ça me tombe tout seul dans les mains l’argent, m'dame Duflot ? Moi je suis pas un politcard pourri qui encaisse l'argent en se tournant les pouces... euh... enfin voilà quoi. Bon je vous laisse, je vais rater C dans l'air.

Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.

- Madame Duflot, le vrai problème en France ce sont les pauvres. Ils ne nous payent pas assez et ils ne payent pas assez de taxes, tout le monde le sait. Sinon, euh, je voulais savoir pour la défiscalisation Bouvard sur les meublés ça marche toujours cette année ? Non je demande c'est parce que je suis sur un lot pas cher de 12 apparts boulevard Arago.

Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.

Bah moi je m'en fousje ne loue qu'aux touristes. Et au black ! Pas un sou pour les voleurs des  impôts. 600 euros la semaine le 2 pièces à Bastoche, ça me paye mes Cohiba. J'aime pas les étrangers, mais faut reconnaître que c'est moins d'emmerdes. Fini les cas sociaux locaux. Dommage, on a raté les JO, je serais passé à 1800 la semaine. Le problème c'est que La France est foutue parce que chacun pense à sa gueule. Sale mentalité, j'vous jure.

Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.

- Bafoués, humiliés, spoliés. Halte aux lois iniques qui nous blâment d’être propriétaires. Que la  gauche molle cesse de rendre la Gaule moche !

Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.

- Mais vous n’y pensez pas ! Vous voulez crever la bulle immobilière, c'est ça hein ? Mais vous êtes inconsciente, Madame Duflot ! Si les prix descendent, un jour les gens achèteront sans s'endetter. Ou pire, ils nous loueront des apparts à des prix normaux pour eux. Mais c'est la fin du monde tel qu'on le connait !!!!


Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.

- C’est une connerie sans nom ! La récession est en marche ! Les rentiers sont la force vive de ce pays ! Vous ne croyez quand même pas qu'on va s'en sortir en travaillant ? Un peu de réalisme à gauche ne ferait pas de mal.

Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.

- C’est scandaleux. Vous allez voir qu’un jour ils vont me forcer à poser des fenêtres et des chiottes pour mes locataires !


Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.

- Si c’est comme ça nous, France des propriétaires, détruirons nos logements. L’Etat soviétique n’a pas à nous empêcher d’empocher. Nous redistribuons déjà bien assez à la vermine galeuse des assistés. No Pasaran los ploucos. Ré-sis-tance !


Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.


Robert Ménard a dit qu’il existe deux façons de raser une ville, le bombardement et l’encadrement des loyers. Il a bien raison Robert Ménard.


Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.


- Madame Duflot ne connait pas les règles fondamentales du marché : bloquer le prix va réduire l'offre. Pour augmenter le prix, il faut au contraire bloquer le locataire. C’est le minimum. Ça s’apprend en première année d'M6! Mais Madame Duflot est probablement plus occupée à regarder les Thema d'Arte sur le cannabis. Ah jolie mentalité !

Dring. 

- Sos Encadrement des loyers Bonjour.

- Bon bah moi je suis locataire et je tenais à remercier madame Duflot. Certes, ça ne pas va changer les choses pour la plupart, ça en aidera quelques-uns, et surtout, il y a encore tant à faire. Mais quand je vois comment ça rend dingos les proprios et les types de droite, malgré tous les tirs de barrage qu'ils ont déployés depuis des mois pour contrer ce projet, jusqu'à finir par siffler la ministre à l'assemblée, je me dis que ça va dans le bon sensContinuez Madame Duflot!

Illustration Pontypool de B.MacDonald (2008)

mercredi 4 juillet 2012

La ligue des rentiers extraordinaires

Par Seb Musset

A chaque solstice, Jean Perrin revient.

L'hiver dernier, le président du syndicat des proprios (l'UNPI) implorait le gouvernement Sarko de lui venir en aide après l'annonce de l'atomisation de la niche fiscale Scellier et la refonte du PTZ+.

Favoriser l’accès à la propriété à tout prix et soutenir en aveugle le bâtiment : l'Etat dopait les prix de l'immobilier durant des années pour le plus grand confort des propriétaires bailleurs et des banquiers.

Mais ça c'était avant.

Hier, notre super sauveurs des spoliés de la société que sont les propriétaires, décidait d'en finir avec l'intolérable soutien aux nantis ! Tremblez tyrans de l'immo ! Sus à l'ennemi !

Excédé par le mal-logement de ses compatriotes, n'écoutant que sa volonté de mettre fin au chaos foncier où régnait décomplexé le rentier le plus fort, le chef de la ligue des rentes extraordinaires  portait plainte auprès de la Commission européenne contre les aides publiques au logement HLM.

Motif : "Concurrence déloyale sur le marché de l'immobilier locatif".

Imparable logique: les logements pas assez chers, c'était de la faute des logements sociaux. 

- "Mais monsieur Perrin y'a 1,200.000 demandes en attente sur le territoire." Lui demanda l'orphelin sans toit.

- "Non petit, on te manipules. Le secteur du logement à prix normal ne saurait faire plus longtemps de l'ombre aux possédants. "

Terminés les jours heureux de la vermine pauvre bénéficiant d'un logement décent garanti par un Etat, stupidement attaché à ses traditions forts peu compétitives de solidarité. Le lobby des mal-logés ne saurait plus longtemps priver le riche du manque à gagner qui lui était dû !

Et Perrin, le punisher du capital, de brandir un bouclier moral d'invulnérabilité : l'injustice de ces logements HLM occupés par des ménages aisés (+ de 4000 euros / mois): environ 10%. 

- "Mais M'sieur Perrin, il ne s'agit de gens ne disposant pas de ces revenus à leur arrivée, qui sont aujourd'hui à peine au-dessus du seuil, qui peineraient à se reloger ailleurs sans s'endetter à mort et payent en conséquence un surloyer.[1] En plus, ils sont plutôt âgés alors pour le crédit ça craint.

- "Remballe ta kryptonite à la guimauve, pauvre tâche. Je te parle justice sociale !"

Piqué au vif, le super mytho de l'UNPI brandit son arme secrète : le fulguro-chiffre-bidon. Et paf "700.000 logements HLM vacants" dans ta face d'assisté ! 

- "Et pourquoi pas 7 millions, tant que vous y êtes Monsieur Perrin ? Vous savez bien que la sous-occupation des logements dans le privé est la raison fondamentale de la montée des prix à Paris ?"

- "Ta gueule raclure communiste ! Face à l'affront de l'encadrement des loyersle syndicat de la plus-value pépère se doit de sauver l'honneur des propriétaires bafoués."

De plus, l'annonce concourait à travailler l'opinion sur la nocivité du concept de logement social, et donc sur la pertinence d'éradiquer les projets de nouvelles constructions: une noble cause qui permettrait l'avènement libéral d'un monde meilleur avec une offre immobilière totalement privatisée

"Mais Monsieur Perrin. Vous dites tout le temps que la pénurie de logements entraîne les prix à la hausse"

- "Tais-toi vulgaire non-possédant ! Laisse faire la France des propriétaires !"

Au crépuscule de la bulle immo, Perrin s'en allait vers Bruxelles, dossier à la main. L'offensive  com' ne servirait pas à rien. Elle apporterait de l'eau au moulin de ceux voulant récupérer la gestion du secteur, avec sa population captive et ses immeubles amortis depuis longtemps. La populace ne s'étonnait d'ailleurs qu'à moitié que cette annonce survint le jour de la présentation au gouvernement du rapport de la Cour des comptes préparant l'opinion à une rigueur qui taisait son nom.

La société retrouvait confiance en elle-même.

Grace à Perrin, proche était le jour où les proprios, soucieux que la justice soit respectée dans les HLM, en accepteraient près de chez eux !

[1] si des choses sont à revoir, notamment la transparence des conditions d'attribution des HLM ainsi que sur les possibilités d'évolution (cas vu à plusieurs reprises: des retraité(e)s veufs ou veuves occupent des 80m2 et désirent plus petit, mais l'organisme s'en désintéresse), ce n'est certainement à la clique des bailleurs privés, spécialiste de l'exonération, du crédit d’impôt et de la défiscalisation, de mettre son nez là-dedans.

Illustration : Super de J.Gunn (2012)

jeudi 28 juin 2012

Sauvons les résidences secondaires !

Par Seb Musset

"La justice française s'est penchée lundi, pour la première fois, sur une orgie festive au cours de laquelle un millier de jeunes ont investi, puis saccagé, une villa inoccupée du littoral varois. Les deux jeunes organisateurs ont été condamnés lundi soir à 1 an de prison, dont 6 mois ferme, par le tribunal correctionnel de Draguignan."  Le lab, 25.06.2012

Une rapidité et une efficacité de la justice française que l'on aimerait voir appliquées face aux bailleurs escrocs ou dans le traitement des dossiers DALO ! 

Côté presse, "l'orgie" ayant été organisée sur les internets et inspirée par le film projet X, tu obtiens ce cocktail explosif dont les médias raffolent à base de jeunes + réseaux sociaux du diable + atteinte au droit de propriété + mauvaise influence du cinéma ado (avec au passage réutilisation des images de la bande-annonce américaine pour illustrer la condamnation locale). Cocktail auquel chaque rédaction est libre de rajouter sur la base du texte AFP[1] une "vision d'horreur" ou "vision d'apocalypse" des plus nuancées dans l'échelle des atrocités planétaires du jour.


On aura donc droit à une pulvérisation journalistique en mode estival : 


(note les captures de vidéo-surveillance de la "nuit d'apocalypse" par le gardien Warner bros.)


(note la dimension pirates du net. Avec photo du logo, version l'inspecteur mène l’enquête, voilà qui ne va pas arranger le cours de ton action.)


Selon le même principe du meta sujet, on aurait pu titrer :

"Logement: le scandale de ces propriétés inoccupées à l'année aux mains des CSP+ étrangers ou pas, eux-mêmes dupés par des agents immobiliers en roue libre sous-louant au black à la jeunesse dorée du coin pour qu'elle fasse ses soirées. Tout ce petit monde puant le pognon jouant contre les intérêts des classes populaires locales, obligées de s’exiler ou de payer toujours plus cher (et ce dans le désintérêt le plus total de la justice, car c'est ici "la loi du marché").

Mais bon, c'était un peu long. Priorité au direct coco.


Bref. Avec le concours de la presse déjà en vacances, focalisée sur Facebook et le projet X, les messages sont passés et ils valent 10.000 slogans publicitaires : Le droit du propriétaire est sacré + riches étrangers continuez à OPAiser nos terres même si vous n'êtes là que 4 jours par an et que n'apportez rien à la croissance si ce n'est celle des prix de l'immo.

Regardez la réaction la propriétaire, Hanneke Sprong, après l'annonce du verdict.  Je ne sais pas pour vous, mais pour moi ça sonne comme un appel à remettre le couvert !



[1] J'ai trouvé 4 pages de Google reprenant le même article à la virgule près ou brodant autour de la même base AFP.

mercredi 6 juin 2012

La lutte des classes passe par les loyers

Par Seb Musset

"La vie, c'est l'offre et la demande" François Fillon, 04.06.2012 

Et oui. Ils osent tout. Après une hausse de 50% des loyers en 10 ans, le décret provisoire pour bloquer les loyers à la relocation annoncée par Cécile Duflot, ça couine encore de sa jérémiade victimaire chez les multiproprios : le jackpot est cassé ! 

Les cris et gémissements des rentiers agacés balayent tout le spectre de la droite, de François Fillon à Louis Alliot, chacun reprenant mot pour mot les thèses libérales de "la loi du marché" et de "l’offre et de la demande", principes en vigueur depuis des décennies et avec quel succès : 10 millions de personnes touchées, une explosion de travailleurs logeant dans leur voiture tandis que l'espérance de vie des sans-abris, dont le nombre explose, est passée à 45 ans. La classe non pour un pays supérieurement civilisé ?

Même cette tarte d’Apparu, dont le seul effort au poste de Cécile Duflot dans le précédent gouvernement aura été de servir la soupe aux rentiers, a cru bon de la ramener

Notons tout de fois un paradoxe chez les opposants à la loi chez qui, il n'y a pas de hasard, on ne retrouve jamais de locataires. Deux types d'arguments cohabitent :

1 / Au final, la baisse des loyers serait mauvaise pour les locataires. Prière de ne pas rigoler, je l’ai lu de la plume d’un professeur d’économie qui fait beaucoup pour crédibiliser sa profession.

2 / De toutes les façons, l’encadrement des loyers ne changera rien à la situation.

Quel souci soudain du propriétaire pour la bonne santé du locataire, ce type a qu'il demandait encore 4000 euros de salaire pour un studio de 1000 la semaine dernière, euh que dis-je ce matin encore. Quelle étrange et virulente levée de boucliers contre quelque chose qui serait finalement sans conséquence ! 

Quant à l’argument Point BHL du blocage des loyers qui "tuerait les villes" et ferait "fuir les investisseurs", c'est gentil de se soucier aujourd'hui de la santé des villes alors qu'elles sont ravagées, défigurées, vidées de leur substance, vidées tout court par la spéculation depuis 15 ans. Ce sont les habitants qui font une ville, non les investisseurs. 4 fois sur 5, ce terme bien trop gentil cache en fait la pire avidité qui soit et un total manque de considération, autre que financière, pour son prochain. Si les investisseurs sont martyrisés par la pierre, castrés par Cécile Duflot, oppressés par le joug du locataire: qu'ils quittent la ville, les côtes de France et toutes "les zones tendues" sur lesquelles ils ont fait une OPA en dénonçant la pénurie et dans lesquelles ils s'engraissent copieux depuis des années, repoussant les locaux en 27e périphérie. M'est avis que personne ne les regrettera.


La perspective d'un encadrement des loyers vaut d'abord pour sa valeur symbolique. C'est principalement ce qui est critiqué par nos détracteurs de décret, bien au fait que leurs arguments économiques sont d'un comique prononcé. C'est une première attaque au sacrosaint droit du propriétaire de faire ce qu'il veut parce que c'est chez lui, une première brèche dans le mur de l'impunité, une offensive modérée, mais qui en appelle d'autres d'où l'acharnement à la dénoncer. Alors que pour beaucoup l'enrichissement par l'immobilier a remplacé l'enrichissement par le travail, sur le terrain, pour les aspirants locataires la course au logement est l'extension foncière de la lutte des classes. 

La logique des bailleurs individuels, usant et abusant du droit de propriété, s'oppose clairement à celle de ceux qu'ils exploitent, jusqu'à présent avec la bienveillance de l'Etat, voire avec sa complicité (les grands pourfendeurs de l’interventionnisme ayant été par ailleurs copieusement subventionné depuis des années). 

Concernant le "pauvre petit propriétaire" qui serait la victime d'une loi inique, rappelons-lui que, non, il n'y a pas de fatalité en France à ce que le logement reste un marché comme les autres,  encore moins un casino truqué où celui disposant du capital doit gagner à tous les coups. Nous rappellerons également au "pauvre propriétaire parisien"que le prix du m2 dans la capitale a encore grimpé de 110 euros en 2 mois et que je connais peu de salariés ayant connu une telle augmentation en 5 ans.

Un mouvement est initié, qui ne va pas encore assez loin mais va déjà dans le bon sens. Un signal est envoyé, il fait déjà grogner les grands moralisateurs de la thune tombant tranquille grâce à l’effort pour les autres. Les jours du grand n’importe quoi sont comptés. 

Du moins, je l’espère.

mercredi 23 mai 2012

D'étranges opportunités immobilières

Par Seb Musset

Se loger est une guerre. Débile, cruelle, inutile comme toutes les guerres. D'un côté les parasites de l'immobilier et les apologistes de la pierre vue comme "placement" pour se gaver pépère crient au scandale de l'encadrement des loyers promis par F.Hollande. Une mesure qui, si j'en crois le patron de Gererseul.com (sic) serait "un frein à l'investissement immobilier" (comprendre: "un frein aux culbutes à deux chiffres en échange de l'investissement d'un rideau de douche scotché par un ouvrier payé au black dans le studio pourri dont on a hérité de papa et maman").

De l'autre 10 millions de Français pâtissent jour après jour du dérèglement du secteur de l'immobilier avec des prix multipliés par deux en une décennie en partie à cause d'une clémence fiscale sans précédent pour ceux qui disposaient déjà d'un capital au départ (voir premier paragraphe).

La nouvelle ministre du Logement est attendue au tournant. Par tous. Mais, la résistance des bailleurs s'organise. Voilà que je découvre dans les pages "placement" de Valeurs Actuelles un joli produit financier autorisé par l'AMF juste avant les élections. Le bidule s'appelle Novaxia Immo Opportunité et entre dans le cadre du paquet fiscal, la fameuse loi Tepa (dont il ne reste pourtant pas grand-chose).

De quoi s'agit-il ? Écoutons Joachim Azan, associé gérant du groupe Novaxia:   

« Notre recherche permanente de solutions visant à faire profiter nos investisseurs des meilleures opportunités du marché nous a conduit, cette année, à créer une offre liée, afin de profiter à la fois des avantages de l’immobilier et de ceux de l’hôtellerie. La conjoncture est, en effet, favorable à ces deux secteurs »

Comprendre: escroquer les pauvres locaux avec du rêve de propriétaire ça ne paye plus, offrons du service immobilier aux riches étrangers. 

Azan précise dans le magazine de la droite des valeurs (qui au fond aime bien les immigrés tant qu'ils ont du pognon)

"Les investissements se réalisent uniquement en Île-de-France et en Paca, deux régions recherchées par les investisseurs internationaux et qui offrent des occasions à l'achat à des prix attrayants en raison de la vente d'immeubles tertiaires par des institutionnels et par les pouvoirs publics."



Via des PME montées sur mesure, il s'agit d'investir dans du produit immobilier locatif à baux courts dans des zones déjà soumises à une forte pression foncière, au sommet du box-office du mal logement. Bref de l’hôtellerie bis, non soumise aux contraintes de l’hôtellerie. Les salopiauds se groupent ainsi pour acheter d'un coup et au meilleur prix des immeubles de bureaux ou des bâtiments de collectivité pour les transformer en pied-à-terre pour touristes thunés et louer le 30m2 à 600 euros le week-end. Le plus beau: ça permet de réduire ton impôt sur la fortune et d'obtenir une ristourne supplémentaire sur l’impôt sur le revenu à hauteur du 18%. 100.000 euros investis = 18.000 euros de moins à payer sur L'IR. (Et parallèlement, il conviendra de pointer du doigt l'allocataire au RSA qui vole à la collectivité 400 euros par mois)

"Les activités de construction d’immeubles en vue de leur vente ainsi que les activités de location meublée touristique de courte durée ouvrent, en effet, droit aux avantages fiscaux de la loi Tepa" > Points 15 et 16 du BOI 7S-5-11, page 7 sur ce lien).

Étrangement, la loi n'applique pas ce mécanisme pour le logement social. A noter qu'au même moment la promesse de F.Hollande de doubler le plafond du livret A pour financer plus de logements sociaux est dans le viseur du lobby des banques et assureurs en mode Kill it !  Comprenons-les. Déjà que les banques n'ont pas une bonne image dans la population, avec cette conjoncture morose il ne faudrait pas que les épargnants se mettent à placer dans des produits sûrs et de surcroît  constructifs. Non. Tant qu'on peut leur vendre de l'action facebook survalorisée, c'est quand même plus juteux pour nos sauveurs des marchés.

Le produit Immo Opportunité (s'il fonctionne, l'opération étant abandonnée en dessous de 1.8 million de collecte) favorisera encore un peu plus l'envolée des loyers dans les zones concernées. J'ai abondamment traité de la pied-a-terrisation, cerise sur le gâteau des injustices immobilières en zones tendues: Pourquoi mettre un loyer à 700 euros par mois si on peut louer le machin à 700 par semaines sans gestion complexe, en en gardant la disponibilité, le tout assorti d'un copieux cadeau fiscal ? (même si dans ce cas précis, mon expertise fiscale ayant ses limites, je ne peux garantir que le thuné tenté bénéficie de l'avantage au-delà de cette année). 

On comprend dès lors que les bénéficiaires de ce type de produits autoproclamés investisseurs (profiteurs serait plus juste) crient au scandale à la réaffirmation par Cécile Duflot de l'encadrement  des loyers qui, en théorie, tuerait ce business. A moins bien sûr que ce business et les loyers déconnectés des réalités salariales locales qu'il engendre soient considérés comme la norme sur certains territoires de France. 

Illustration: An american in Paris, V.Minnelli (1951)